Jeudi 18 janvier, l’intervention de forces anti-émeutes au sein d’un vol Air France Paris-Kinshasa, malgré l’opposition de plusieurs passagers, illustre le durcissement et la violence de la politique anti-migrants de l’ère Macron.

 

À la suite des récentes circulaires sur la politique migratoire critiquées par de nombreuses associations et membres de la société civile, le gouvernement continue de hausser le ton et maintient coûte que coûte sa politique d’expulsion et de déportation des migrants.

Illustration, jeudi 18 janvier, à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, où nombreux furent ceux qui se rendirent afin de tenter d’empêcher l’expulsion d’un homme congolais qui vivait en France depuis 2006 et dont les enfants étaient nés en France.

Menaces et brutalités

Un jeune militant présent sur place raconte : « Nous avons commencé à discuter dans l’aéroport pour sensibiliser les passagers afin qu’ils puissent s’opposer à cette déportation forcée. La police des frontières en a repéré certains au sein de notre groupe pour les emmener directement au poste, ce qui est assez rare », explique A.

Après avoir échangé quelques numéros avec les futurs passagers, ces derniers reçoivent plusieurs coups de téléphone dont celui d’une passagère qui leur explique la mobilisation de nombreuses personnes au sein du vol pour empêcher la déportation. « Il y avait des cris, beaucoup de monde refusait de s’asseoir. La dame nous expliquait que la police les traitaient comme des animaux. Ils en seraient venus à menacer les passagers, qui étaient pourtant dans une complète légalité, de les poursuivre en justice s’ils ne coopéraient pas », rapporte notre témoin, un peu plus tard.


Les policiers sont vêtus de boucliers anti-émeute, « un fait inhabituel », explique N, un autre membre du collectif, habitué des opérations anti-expulsions depuis plusieurs mois. L‘homme congolais crie, pleure et proteste. « Les gens ne pouvaient pas s’approcher, certains passagers ont expliqué qu’il était empêché de parler, voire étouffé par plusieurs policiers. »

Comme souvent, les passagers sortent leurs portables afin de filmer la police, ce qui reste évidemment légal. Les forces de l’ordre tentent cependant à supprimer les vidéos, leur confisquent les portables et les menacent. Certaines très explicites, parviennent cependant au collectif.

« C’est du classique »

Vers midi, on annonce par téléphone au collectif que plusieurs personnes auraient été débarquées de l’avion pour permettre au vol de partir. « La passagère avec laquelle nous étions en contact nous a expliqué qu’ils dirigeaient des bombes lacrymogènes vers des passagers dans l’avion, qui avait notamment à son bord des enfants et des personnes âgées », ajoute A. Puis c’est au tour de l’équipage du vol d’être remplacé une heure avant.

Selon un militant, ce nouvel épisode est la preuve « du durcissement de la politique d’expulsion et d’une politique du chiffre qui a cours depuis des mois ». « Tous les gens faciles à expulser le sont en raison d’accords avec les pays d’origines ou l’espace Schengen. »

Quant à la confiscation des portables, les violences et le débarquement de passagers protestataires, « c’est du classique ». Les cas de brutalités et de violences sont extrêmement nombreux, mais peinent pourtant à faire réagir médias, associations et classe politique. En novembre dernier, lors d’un vol Air France Copenhague-Paris, un jeune algérien de trente-quatre ans mourait ainsi dans les mains de la police danoise.

N. ajoute : « Il y a des personnes à qui l’on met des casques de boxe, que l’on pique pour les endormir ou que l’on gave de somnifères pour ne pas résister. Il y a aussi des passages à tabac, des étouffements, des ceintures pour les maintenir ». Des exemples parfois difficiles à prouver en raison de la suppression de vidéos ou de la peur de poursuites. Des exemples tragiques et inhumains qui se heurtent pourtant à de multiples protestations et réactions solidaires de la part des passagers sur les vols en direction de l’Afrique ou du Moyen-Orient.

Silences complices

« Sur les vols intra-européens, c’est triste à constater, mais il est très difficile d’empêcher une déportation car beaucoup de Blancs ferment les yeux. En revanche, dans le cas des vols vers l’Afrique par exemple, les gens se révoltent et résistent. D’habitude, pour Kinshasa, on réussit souvent à empêcher ces expulsions », déplore N.

Jeudi 18 janvier, pourtant, les menaces et les violences auraient eu raison de la mobilisation au sein du vol. Maintenu au sol pendant plusieurs heures sans pouvoir sortir, certains passagers auraient fait également des malaises. « Évidemment, les gens finissent par craquer », constate A. L’avion aurait été retardé donc de plusieurs heures et serait donc parti avec le jeune Congolais à son bord.

Alors que les expulsions se multiplient à raison de quatre ou cinq par jour dans certains centres de rétentions « pleins à craquer en raison de l’augmentation des détentions », selon un militant, les nouvelles circulaires de Gérard Collomb ne devraient faire qu’empirer la situation. Une situation qui invite également à interroger le rôle de la compagnie Air France, en contrat avec l’État. Et, pour le moment, la compagnie se mure dans un silence complice…