Le Collectif Délinquants Solidaires relaie le témoignage glaçant d’un bénévole du Refuge Solidaire, intercepté par la police aux frontières alors qu’il conduisait en toute urgence une famille qui venait de traverser la frontière franco-italienne à pied dans le froid glacial, et dont la mère, enceinte de huit mois et demi, était en train d’accoucher. Le bénévole était convoqué mercredi 14 mars devant la police aux frontières pour répondre de son acte élémentaire de solidarité .Publié le 14 mars 2018

Le collectif Délinquants Solidaires souhaite relayer le témoignage glaçant de bénévoles du Refuge Solidaire dont l’un des membres s’est vu convoqué aux locaux de la Police aux Frontières de Montgenèvre le mercredi 14 mars. Ce dernier avait transporté une famille d’exilé·e·s composée des parents et deux enfants en bas âge et dont la mère enceinte de 8 mois et demi devait être amenée de toute urgence à l’hôpital pour y accoucher. Arrêtés par un barrage de police sur le chemin de l’hôpital, cette femme est restée bloquée près d’une heure dans la voiture avant que les pompiers ne viennent la chercher pour l’évacuer tandis que le reste de la famille était renvoyé en Italie et le bénévole conduisant convoqué à la police quelques jours plus tard.Le collectif Tous Migrants (voir communiqué de presse ici) a appelé à un grand rassemblement de solidarité pour dénoncer, une fois de plus, les politiques migratoires répressives et inhumaines menées à nos frontières et le délit de solidarité contre les citoyen·ne·s agissant en solidarité.

Le témoignage :

» Pour ou contre les migrants, c’est inhumain ce qu’il arrive à la frontière. Témoignage glaçant, on atteint le sommet de l’abjection au col de Montgenèvre.

Une maraude ordinaire comme il s’en passe tous les jours depuis le début de l’hiver. Au pied de l’obélisque, une famille de réfugiés marche dans le froid. La mère est enceinte. Elle est accompagnée de son mari et de ses deux enfants (2 et 4 ans). Ils viennent tout juste de traverser la frontière, les valises dans une main, les enfants dans l’autre, à travers la tempête.

Nous sommes 2 maraudeurs à les trouver, à les trouver là, désemparés, frigorifiés. La mère est complètement sous le choc, épuisée, elle ne peut plus mettre un pied devant l’autre. Nos thermos de thé chaud et nos couvertures ne suffisent en rien à faire face à la situation de détresse dans laquelle ils se trouvent. En discutant, on apprend que la maman est enceinte de 8 mois et demi. C’est l’alarme, je décide de prendre notre véhicule pour l’ emmener au plus vite à l’hôpital. Dans la voiture, tout se déclenche. Arrivés au niveau de la Vachette(à 4 km de Briançon), elle se
tord dans tous les sens sur le siège avant. Les contractions sont bien là… c’est l’urgence. J’accélère à tout berzingue. C’est la panique à bord. Lancé à 90 km/h, j’arrive à l’entrée de Briançon…et là, barrage de douane.

Il est 22 h. « Bon sang, c’est pas possible, merde les flics ! ». Herse au milieu de la route, ils sont une dizaine à nous arrêter. Commence alors un long contrôle de police. « Qu’est-ce que vous faites là ? Qui sont les gens dans la voiture ? Présentez-nous vos papiers ? Ou est-ce que vous avez trouvé ces migrants ? Vous savez qu’ils sont en situation irrégulière !? Vous êtes en infraction !!! »… Un truc devenu habituel dans le Briançonnais. Je les presse de me laisser l’emmener à l’hôpital dans l’urgence la plus totale. Refus ! Une douanière me lance tout d’abord « Comment vous savez qu’elle est enceinte de 8 mois et demi ? » puis elle me stipule que je n’ai jamais accouché, et que par conséquence je suis incapable de juger l’urgence ou non de la situation. Cela m’exaspère, je lui rétorque que je suis pisteur secouriste et que je suis à même d’évaluer une situation d’urgence. Rien à faire, la voiture ne redécollera pas. Ils finissent par appeler les pompiers.

Ces derniers mettent plus d’une heure à arriver. On est à 500 mètres de l’hôpital. La maman continue de se tordre sur le siège passager, les enfants pleurent sur la banquette arrière. J’en peux plus. Un situation absurde de plus. Il est 23h passées, les pompiers sont là… ils emmènent après plus d’une heure de supplice la maman à l’hosto. Les enfants, le père et moi-même sommes conduits au poste de police de Briançon à quelques centaines de mètres de là. Fouille du véhicule, de mes affaires personnelles, contrôle de mon identité, questions diverses et variées, on me remet une convocation pour mercredi prochain à la PAF de Montgenèvre. C’est à ce moment-là qu’on m’explique que les douaniers étaient là pour arrêter des passeurs. Le père et les deux petits sont quant à eux expulsés vers l’Italie. Pendant ce temps-là , le premier bébé des maraudes vient de naître à Briançon. C’est un petit garçon, né par césarienne. Séparé de son père et de ses frères, l’hôpital somme la PAF de les faire revenir pour être au côté de la maman. Les flics finissent par obtempérer. Dans la nuit, la famille est à nouveau réunie.

La capacité des douaniers à évaluer une situation de détresse nous laisse perplexe et confirme l’incapacité de l’État à comprendre le drame qui se trame à nos maudites frontières.
Quant à nous, cela nous renforce dans la légitimité et la nécessité de continuer à marauder… toutes les nuits. »