Le rapport de Médecins Sans Frontières (MSF) paru l’hiver dernier dénonçait déjà l’intensification des violences policières contre les migrant.e.s dans la capitale : en janvier 2017, MSF écrivait : « les policiers harcèlent les migrants en leur confisquant leurs couvertures, utilisant parfois des gaz lacrymogènes pour les disperser, allant jusqu’à leur interdire de s’asseoir dans la file d’attente du centre de la Chapelle où ils attendent une place d’hébergement. »

Ce même rapport dénonçait la manière dont ces attaques « mettent en danger la vie des migrant.e.s », puisqu’elles avaient conduit à la prise en charge par MSF de nombreux.se.s migrant.e.s proches de l’hypothermie.

Cet hiver, la stratégie du gouvernement a porté ses fruits puisqu’en « grillageant les anciens lieux de regroupement des migrants » et en les réveillant chaque nuit pour leur voler tentes et couvertures, les forces de l’ordre sont parvenues à disperser les campements et à les repousser jusqu’aux limites de Paris.

A Porte de la Chapelle, des dizaines de matelas sont alignés par groupes de dix à trente, au milieu de patrouilles de gendarmes armés de fusils-mitrailleurs. Les campements installés jusque sous les ponts du périphérique sont désormais
complètement invisibles aux yeux du public, ce qui permettra au gouvernement d’annoncer fièrement d’ici la fin de l’année que l’objectif « zéro migrant.e.s à la rue » est atteint.

Maintenant que les campements sont invisibles, le harcèlement peut s’intensifier : les migrant.e.s vivant sur place expliquent comment chaque matin, ils et elles doivent se réveiller avant 7 heures pour ranger leurs matelas et tentes et débarrasser le campement avant l’arrivée des patrouilles qui, dans le cas contraire, chargent toutes les affaires dans un camion pour les détruire.

De nombreux.se.s migrant.e.s présent.e.s sur place insistent sur le caractère systématique des réveils à coups de pieds, qui viennent ajouter à la violence physique celle psychologique des humiliations et brimades infligées par les forces
de l’ordre. A un policier qui shoote dans son matelas en lui expliquant qu’il ne peut pas rester là, un migrant demande où il est censé aller s’il ne peut même pas dormir sous le périphérique, ce à quoi le policier répond simplement : « go back to
your country ».

Cette double stratégie du gouvernement et des forces de l’ordre, de dispersion et d’épuisement physique et psychologique, vise à briser toutes les formes de solidarité et de résistance collective qui se sont mises en place ces dernières années.

Que ce soit à travers l’appel à des manifestations, l’occupation collective de lieux ou le regroupement en campements plus grands où il est possible de se
défendre, des actions visant à dénoncer leur invisibilisation comme celle de migrant.e.s iraniens qui s’étaient cousu la bouche à Calais l’année dernière, et l’écriture de journaux collectifs formulant leurs revendications et dénonçant les atteintes à la dignité qu’on leur inflige, les migrant.e.s opposent leur solidarité et leur résistance à la répression de l’Etat français qui tente de les faire disparaître.

Ajoutons notre solidarité à la leur, et soutenons-les dans leurs luttes !