Refusons l’enfermement des sans-papiers : personne n’est illégal


Qu’est-ce qu’un centre de rétention administratif, et à quoi ça sert ?

A partir du milieu des années 1970 et la fermeture des frontières, le gouvernement français a initié une politique d’expulsion des travailleurs migrants présents sur le territoire.

La gestion de ces expulsions mêle alors répression pénale avec la prison et une série de dispositifs secrets et illégaux comme l’ouverture d’entrepôts sur le port de Marseille (pratiques poursuivies parallèlement jusqu’à aujourd’hui comme le rappelait la CIMADE en juin à la frontière italienne. Après une série de dénonciations par des associations, le système est finalement encadré par une loi en 1981 qui formalise l’existence de Centres de Rétentions Administratives (CRA) où les personnes étrangères ‘sans papier’ sont enfermées en attente de leur expulsion.

Autrement dit des individus sont détenus et privés de leurs droits simplement parce que leur présence est jugée illégale par l’état, sans avoir commis le moindre délit. Si officiellement un des objectifs est de sortir les étrangers en situation irrégulière des procédures criminelles et pénales et donc de la prison (le séjour irrégulier est un délit), dans les faits ces centres sont des lieux de privation de liberté dont il est impossible de nier le caractère punitif et stigmatisant.

Il faut préciser qu’on y enferme aussi bien des travailleurs (comme à Mesnil Amelot où des ouvriers ont été contrôlés sur le chantier d’extension du CRA et enfermés dans la foulée sur place), des familles, des mineurs (près de 5000 à Mayotte chaque année), des enfants (la France a déjà été condamnée cinq fois par la Cour Européenne des Droits de l’Homme sur ce point la dernière fois en 2016), des réfugiés, etc.

Aujourd’hui, il y a plus de 50 centres et locaux de rétentions administratifs sur le territoire français (métropole et outremer) où près de 50 000 personnes ont été enfermées en 2016 (selon le rapport annuel de la CIMADE sur ces lieux). Comme le dénoncent les associations, l’enfermement est le principal outil utilisé par l’état dans ses politiques migratoires essentiellement axées sur l’expulsion et la répression.

Ce qui va s’aggraver avec le nouveau projet de loi anti-migrants

Avec son nouveau projet de loi, le gouvernement entend doubler la durée maximum de rétention qui pourrait aller jusqu’à trois mois (au lieu d’un mois et demi maximum aujourd’hui). Cela conduira à renforcer encore davantage la dimension pénale des CRA. Aux conséquences physiques et psychiques terribles de l’enfermement prolongé, il faut ajouter les conséquences sociales pour les individus qui risquent de perdre emploi, logement, etc.

Cela renforce dès lors la criminalisation des sans-papiers dans l’imaginaire collectif, tout en faisant de la rétention une véritable peine administrative.

Si l’on n’est pas dans des prisons, comme le répète en permanence les autorités, les conditions de détention sont pourtant épouvantables. L’apparence des CRA tout d’abord, avec des grillages, des barbelés, des portes verrouillées et des barreaux, fait immédiatement penser à un établissement pénitentiaire. La surveillance des personnes est effectuée par des gendarmes et policiers qui sont les principaux interlocuteurs des détenu-e-s. Ils sont observés et filmés en permanence, n’ont pas accès à internet, pas le droit de prendre des photos (les téléphones avec appareil photo sont confisqués ce qui renforce l’invisibilisation des migrant-e-s enfermé-e-s et de leur situation). Ils sont fouillés le matin, les chambres sont régulièrement inspectées. Il existe des espaces d’isolement pour les individus jugés « dangereux ».

Violences des conditions de détention et résistance dans les CRA

La grande violence des conditions de détention dans les CRA est visible par les nombreuses mutilations, résistances collectives aux expulsions, ou grèves de la faim, trop rarement rapportées par les quelques associations présentes dans ces lieux. On pense naturellement à l’incendie du CRA de Vincennes en 2008 survenu suite à la mort d’un détenu tunisien au moment de son expulsion (possible lien vers les articles mediapart sur la question).

L’année suivante, dans le même centre, un groupe de migrant-e-s détenu-e-s entamaient une grève de la faim contre les conditions de vie dans les CRA. En plus de ces revendications immédiates, ils demandaient «l’arrêt des contrôles massifs et abusifs dans les rues», la fermeture des centres de rétention et la régularisation des sans-papiers. »

Que faire?

Là où des CRA existent, il est possible de s’organiser pour soutenir les personnes enfermées et les revendications qu’elles portent. En dépit des efforts de l’état des manifestations se montent devant les centres en soutien aux enfermé-e-s et des collectifs et associations militent en solidarité avec les migrant-e-s et pour la fermeture de ces lieux. Vous pouvez consulter le site de l’Observatoire de l’enfermement des étrangers pour rechercher des groupes existants près de chez vous et les contacter.

Il est aussi possible d’appeler les cabines téléphoniques des CRA (tous les numéros se trouvent sur le rapport annuel des associations sur ces lieux d’enfermement) pour discuter, faire sortir la parole, sur les conditions de détention, mais aussi simplement sur la diversité des parcours et histoires ainsi écrasée par les politiques répressives de l’état (lien vers des recueils de témoignages téléphoniques, très bon document sur Migreurop). La lutte contre l’invisibilité de l’enfermement des sans-papiers, en informant et discutant de la situation, est également centrale.

Suivant les revendications des migrant-e-s enfermé-e-s, nous réclamons la fermeture de tous les centres et lieux de rétention administratifs, et la fin de la détention comme outil de gestion des populations.